#UberGate (ou quand l'économie collaborative dérape)

En tant qu'entrepreneur de l'économie collaborative, je suis passionné par Uber. La société américaine propose un service de covoiturage en temps réel depuis une application mobile et représente probablement l'exemple ultime de la mise en relation entre individus. Quand Uber a débarqué à Bruxelles, j'étais aussi bien fan que militant ou même évangéliste (Après, n'étant déjà pas grand client des taxis, je n'ai testé que 2x « en vrai » durant cette courte période). J'aime les idées neuves qui proposent des solutions pratiques et innovantes. Dans la foulée, de nombreux entrepreneurs en devenir se targuent d'être "le Uber du ceci" ou "le Uber du cela" (Du simple échange de service au prêt d'outils en passant par le repassage). Uber fait partie de ces comètes qui ont une croissance folle et qui sont "backées" (soutenues) par de gros investisseurs californiens (tels une division de Google ou encore l'acteur américain Ashton Kutcher). La société s'étend chaque jour de ville en ville sur les 5 continents et diversifie ses services. La semaine passée, le géant était encore évalué à 18 milliards de dollars. N'en déplaise fortement aux taxis, critiqués principalement pour leur attitude peu commerciale.

Photo by Lucy Nicholson/Reuters


Dans le plus beau des rêves, il y a quand même depuis le début ce "petit quelque chose" qui me dérange... Dans le cadre de mon projet, partenaires, coaches ou amis me demandent sans cesse de préciser ma "vision". Et ça me rend dingue... "Vous n'avez qu'à me connaitre pour comprendre ma vision" serait nettement plus simple … et monter une boite s’avère être une autre affaire. Pourquoi va-t-on plutôt chez Delhaize qu'au Carrefour (Auchan/Leclercq pour les amis français ou Wal-Mart/Target pour les amis US) ? Pourquoi, à temps et distance équivalents, choisit-on de prendre la nationale plutôt que l'autoroute ? Dans l'économie du partage, et même si on parle de deux multinationales aux dents très longues, pourquoi est-ce que je préfère Airbnb à Uber ? En fait (et il n'y a peut être que les cons qui ne changent pas d'avis), je n'aime pas tellement l'image d'Uber (En évitant le subjectif, je commence par leur site internet, leur app, leur design, ce que je peux lire ci et là et ce que cela m'inspire, ou pas...). Aussi, Uber fait preuve d'une certaine arrogance. Récemment et en guise d’exemple, et bien que cette décision soit discutable, les autorités saisissent les véhicules d'Uber à Bruxelles. Pas de problèmes, la société défraie ses chauffeurs (et leurs propres véhicules) et continue tout bonnement et simplement ses opérations (une version moderne du cheval transformé en bulldozer dans le wild wild west).

Cette semaine, la goutte a fait déborder le vase. (Ou -la- vase)

by @PandoDaily


En bref, lors d'un dîner ce début de semaine, Emil Michael, le vice président de la compagnie aurait déclaré vouloir engager une équipe qui enquêterait sur les journalistes (=susceptibles de critiquer Uber) en vue de "creuser dans leur vie privée" ! Ce dernier visait en particulier Sarah Lacy, responsable du webzine américain pandodaily (que j'apprécie particulièrement). D'une manière très maladroite, le PDG Travis Kalanick a alors tenté tant bien que mal de s'excuser mais l’opinion réclame la tête du vice président. S'en est suivi un début de tempête sur twitter (tweetstorm) qui d'un côté défend les femmes (Uber a défrayé la chronique comme étant potentiellement sexiste/misogyne) ou qui cherche à prouver que Lacy n'est pas la plus neutre des journalistes. Finalement (et c'est le bon sens qui parle), la tempête tourne en tornade et Uber est finalement dénoncée pour ces trop nombreuses pratiques douteuses et diverses polémiques (Conduite dangereuse des chauffeurs, harcèlement de passagers, publicités sexistes, coups de cochon à la concurrence, augmentation terrible des prix en fonction de la demande, "god view" ou l'accès supposé à l’intégralité de vos trajets par le moindre employé...). On notera l'intervention du sénateur démocrate Al Franken qui demande à présent des comptes à Uber ou encore le bloggeur renommé Robert Scoble qui suggère à Kalanick de quitter son trône. Seul le futur nous dira ce qu'il adviendra, j'ai adoré cette phrase “culture eats strategy for breakfast” soit la culture (d'entreprise) mange la stratégie comme petit déjeuner (et quelle qu’en soit la taille du portefeuille).

Pour ma part, j'ai été outré par les propos du vice président. Je vis encore éventuellement avec les bisnounours à Disneyland (ou plutôt EuroDisney), mais sans pouvoir le dire, de plus en plus de choses me chipotaient. En tant qu'acteur de l'économie collaborative, et même si je jalouse le niveau d'Uber, leur comportement salit gravement l'ensemble d'un mouvement. En tant qu'entrepreneur de l’économie « paire à paire », on prend déjà tant de mal à convaincre les nouveaux utilisateurs du bien fondé de nos services qu'Uber vient simplement de nous faire reculer de 3 cases avec ses grosses chaussures surdimensionnées. Au-delà, ce genre de propos s'adresse directement à la liberté de la presse, la liberté d'expression et donc à l'humanité.


#DeleteUber


Mardi, j'ai suivi la consigne #deleteuber en effaçant l'application et je vous invite le cas échéant à en faire de même. Ce jeudi, suite à ma demande par e-mail, j'ai reçu la confirmation d'Uber que l'intégralité de mon compte auprès de leur compagnie était bien effacé. (Et je ne me retournerai pas dans la rue après la publication de cet article.)


Heureusement et en guise de conclusion, ce que j'aime particulièrement dans le capitalisme, c’est la notion de concurrence. Si vous cherchez une alternative à Uber sur Bruxelles ou Paris, je vous invite à télécharger l'appli de mes amis Djump (chez qui je ne suis aucunement actionnaire).
A l'international, il existe également Lyft, Sidecar et plein d'autres acteurs...


Longue vie à l'économie collaborative !




Entrepreneur et globe-trotteur, David Vuylsteke est le fondateur de PiggyBee